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L'option théâtre-danse

L'option théâtre-danse
Un petit morceau auquel on se doit de s'attaquer en chroniqueurs fidèles à leurs lecteurs : l'option théâtre-danse du lycée Bellevue. Certes, nous sommes des littéraires, certes, (j'aime bien ça, certes) nous trouvons que le théâtre est une bonne chose quant à l'ouverture d'esprit de l'être humain (contrairement à ce qu'en disait Rousseau, ce con, ndm) mais pour preuve vous remarquerez que nos plus fidèles lecteurs sont comédiens...
Et nous-mêmes, sommes comédiens, je suis comédienne, tu es comédienne, nous portons tous chaque jour le même masque, emplissant les coins poussiéreux de cette immense scène de théâtre qu'est la vie... (Comment c'est nul !...) Nul ? Non. C'est juste de la création. Et ce mot, nos théâtreux le connaissent bien. Au théâtre de Bellevue, on aime créer. On se retrouve à des heures pas possibles, où, même en hiver, on se tapera le chemin jusqu'au bahut (alors qu'on était content d'être enfin chez soi) à moitié dans la pénombre pour rejoindre le fameux gymnase pas chauffé. Mais ça, ce n'est rien, rien comparé à l'excitation que ressent ce petit groupe uni de comédiens à l'idée de se retrouver : tu ne peux pas comprendre, t'es hors jeu, c'est psychédélique le lien qui nous unit! (Ah ouais, on parie qu'il ne tient pas l'été ?)

L'option théâtre danse, c'est fait pour ceux qui se pensent créateurs et artistes dans l'âme et dans le corps. C'est ceux qui sont pour l'expression sous toutes ses formes, et le travail en commun pour offrir à la fin de l'ère apoplectique (oui, car le théâtre danse, c'est foudroyant !) la plus belle fleur qui soit : Le spectacle !!
Une fois nos bons amis rassemblés pour s'exprimer en petite communauté, leurs yeux avides se lèvent vers leurs gourous. Les masters de l'option TD (que c'est vulgaire) sont au nombre de quatre, si je ne m'abuse.
Chacun sait prendre sa part de responsabilité.
Vous avez le professeur de sport qui vous aide à étirer votre corps pour tenter, je dis bien tenter, de faire une chorégraphie constructive... (Ben non il sert pas à rien...)
Le chorégraphe, encore meilleur de Kamel Ouali, (vous l'attendiez cette vanne de merde...) qui, lui, se charge de vous apprendre à représenter à l'aide de votre corps des mots et des mouvements que, dans la vie de tous les jours, on ne se pense pas en train de faire (à quoi ça nous servirait ?). C'est aussi le type qui fait flipper. Déjà mal à l'aise avec votre corps d'adolescent en crise (c'est petit...), vous vous tenez droit comme un I, ou encore tordu comme un B face à votre chorégraphe à l'esprit ampoulé, qui s'adresse à toute une foule de trente personnes à la seconde personne du singulier. Ses phrases pour le moins insondables se résument en général à : « Tu es fatigué... Tu es lourd... Tu vas tomber... » Et toi, comme un con, tu te balances de face en arrière en essayant de ressentir autre chose que la fatigue qui te prend la tête en ce vendredi soir bien chargé. Tu regardes tes camarades les plus inventifs, et tu te dis "Dingue comme le corps peut être expressif..."
Nous avons également la prof, seule femme de l'équipe gourou, et quelle femme !... Rieuse, fraîche, active, c'est celle qui met tout le monde en route, qui donne cette petite touche d'électricité que seule une présence féminine peut révéler au sein d'une équipe de mâles. Mais c'est également celle à qui vous ne devez jamais, je dis bien jamais dire : « Je ne pourrai pas assister à la prochaine répète. » Oh putain. Si jamais vous avez l'audace de vous planter devant cette petite femme (pourtant si grande, croyez-moi) et de lui balancer ça, sans même prendre la peine de feinter la douleur atroce face à cette prise de conscience (le fait que vous ne soyez pas là, abrutis), vous en subirez les conséquences. Et les conséquences sont à la mesure de la femme en question, soit : terribles.

Oui, car le théâtre danse, c'est un tout, une équipe, une osmose, et même s'ils sont quarante pour jouer un personnage – faute d'effectif -, ne vous imaginez pas qu'ils puissent travailler sans vous.

Pour terminer le portrait, il nous reste le petit Molière. Lui, c'est le mâle le plus impressionnant du groupe masters. Un homme à l'apparence métamorphe (c'est une dédicace aux fans de Pokémon, même si à cette heure je n'en connais qu'un...), dont le corps semble pouvoir se modeler pour entrer dans n'importe quel moule. N'est-ce pas le plus beau compliment physique que l'on puisse faire à un comédien ? Son esprit aussi, parait pour le moins insondable, il est celui qui vient vous voir en pleine répétition et qui se met à jouer votre propre personnage avec un talent et une classe qui vous troue le cul. En clair, c'est le meilleur des acteurs de l'équipe, sa voix grave fait hérisser les poils de vos avant bras, c'est donc le plus chiant (parce qu'il fait toujours tout mieux que nous) mais également celui qui mérite le plus de actor-respect.
Il faut également préciser que l'option théâtre-danse est ANCREE dans la population de Bellevue, et nous est parfois insupportable, mais nous irons tous en c½ur entendre leurs voix stridentes qui iront avec une sincère générosité, agresser des monologues écrits avec le sang même, du dramaturge aimé ...

Malheureusement, le théâtre ce n'est pas que le jeu, et on se désole parfois d'une connaissance restreinte (du moins d'après les phénomènes que nous pouvons observer) en ce qui concerne le génie théâtral. Oui, j'aurais aimé que la puissance du marivaudage m'explose à la face, mais que voulez-vous ?! Je suis perfectionniste, prenez ça pour de la prétention, mais je n'ose pas aborder le thème du théâtre ou de la danse avec eux (arts qui me sont chers), par souci de préserver ma santé. Mourir à mon âge, non merci ! Alors ne me parlez pas de Shakespeare, de Molière le grand, d'Hugo ou autre : je ne supporterai pas cette infâme scarification. C'est petit encore ... Stendhal vous aurait expliqué qu'on ne comprend pas l'art sans Histoire, et inversement. Comment s'approprier un texte, sans savoir ce qui arrachait les tripes de son auteur ?

L'option a le plaisir de se réunir certains samedis pour un super après midi de répétition acharnée.
Alors ça, c'est pour vous faire croire qu'ils bossent. En réalité, le comédien est un libertin. Il ère sans arrêt entre rêve et éclat de rire, il a besoin de travailler en s'amusant. Aussi il est bienvenu d'apporter le plus de bouffe possible le samedi, et de se marrer le plus longtemps possible pendant la pause, sinon, vous n'arriverez à rien, laissez tomber.
Aussi est-il mal vu par la troupe d'être absent à ces réunions sectaires où l'esprit d'équipe se fait presque autant sentir qu'en équipe de sport... Il se trouve même un comédien ayant quitté l'option pour des raisons obscures, pauvre pécheur inconscient des risques de s'attirer les foudres de nos jeunes lycéens – comédiens.

Au bout d'une année d'amour, d'acharnement et de bon temps, l'option théâtre danse est fière de présenter à la foule son petit chef d'½uvre. En effet, l'équipe travaille des heures et des heures, se prépare dans une ambiance de chaleur inhumaine, rien que pour effleurer l'orgasme final, la reconnaissance éternelle, le divin salut : vos applaudissements.
Le spectacle est souvent long, très long, très travaillé, on ne comprend pas vraiment tout, mais on est plutôt absorbé. (Du moins pour les curieux de la vie, dont je suis). Les passages dansés sont toujours sympas à voir, étant donné que certains bougent comme leurs pieds, ça nous fait un petit moment détente. Oui parce que certains oublient que théâtre-danse, c'est théâtre ET danse, et visiblement, les demoiselles de l'option, c'est pas demain la veille qu'on les verra danseuses étoiles, mais c'est pas grave, laissons à ces forcenées leurs pointes, laissons à l'option théâtre ses roues, et autres mouvements acrobatiques. Mais, suis-je bête, je ne comprends rien : le con-tem-porain! Enfin y a des limites ... Néanmoins, je remercie l'option pour des formidables moments de "danse" denudée (oui, l'humain de l'option théâtre n'envisage pas le contemporain sans nu) pour ces messieurs (bah oui les mesdames, il valait mieux éviter ...), pour mieux apercevoir leur véritable nature ... et élire monsieur gros paquet de l'année!

Quasiment tout le lycée est présent. (Sauf pour ceux que le TNT a recalé, il y a deux ans, hahaha). Certains viennent pour la passion du jeu, d'autres pour la poésie, d'autres parce que leurs copains sont sur scène et que ça se fait pas de pas y aller, même si on comprend rien, d'autres parce que ça pourrait animer leur soirée. (Tiens, les Chroniqueurs, si on allait au spectacle, cette année, nous qui ne sortons jamais, histoire de pimenter un tant soit peu notre existence (de merde) ?)

Ca donne souvent plusieurs interprétations...

« C'était géant » : le mec qui a passé les deux heures et demie à gueuler le nom des gens sur scène.
« C'était bien » avec un sourire ému : le mec qui a dormi pendant une heure quarante cinq.
« Vous avez extrêmement bien su exprimer toute la sensibilité présente au c½ur même des lignes de votre texte » : le mec qui va au théâtre toutes les semaines et qui est allé voir Bérénice trois fois. (Qui, en passant, n'était pas transcendant...)
« Franchement c'était bien, vraiment, vous avez fait du bon boulot » : le mec sincère, gentil, mais qui n'a pas compris grand-chose. Sensible au décor, aux costumes, il a les yeux qui brillent, celui-là.
« Je peux avoir un autographe ? » : le mec sympa mais un peu con-fanatique sur les bords, c'est pas le Festival de Cannes non plus.
« Bon, il est où l'pinard ? » : personne à ce jour, mais je vais y remédier.
« Nous sommes fiers de vous, et vous pouvez être fiers de vous également » : les masters.
« J'suis crevé, tu m'amènes en caisse à la soirée, s'il te plait ? » : le comédien Bellevusien de base après la représentation.





Vous allez trouver à dire tout ce que vous voulez, critique ou pas critique (on les attend, on est toujours prêts nous !), mais certaines choses, au-delà de notre méchanceté inouïe et de notre QI tout pourrit, sont certaines.
Le théâtre est une des plus belles inventions humaines. Se transformer soi même, explorer l'étendue de tout ce qu'on peut faire quand on travaille l'imaginaire, quand on cogite un peu, se découvrir, corps et âme, inclure l'autre dans ce que l'on veut faire de soi, jouer un autre soi même en regardant un autre lui-même dans les yeux, rire, faire semblant, jouer avec son âme, recouvrir sa voix d'un masque et parler avec son coeur, moi, ça me fait monter les larmes, tant j'aime le théâtre.
J'aime tous les théâtres, et oui, même celui de Bellevue (vous y croyez?), même si je n'en fais pas partie, et que je préfère ma petite troupe à moi, on ne peut que respecter un travail qui, une fois sur scène, jette sur le côté de la vie les travers et les misères de chacun, le temps de quelques heures, pour créer un monde nouveau (vous y croyez toujours?). Effleurer les rêves des autres, c'est une chose qui me touche. (C'est le cas de le dire). Que les autres travaillent pour me permettre de caresser leur sensibilité, ça m'émeut. (Quel mot moche) (Quelle phrase laide).
Les années théâtre, l'ambiance d'une troupe, le trac, la scène, la lumière, le public, c'est un tout qui me serre le c½ur. On pourra toujours critiquer un acteur, blâmer son jeu, son expression, le fait est que, sous les étoiles et les toits des théâtres, sous les soleils artificiels et les ciels en carton, il est de petits hommes et de petites femmes, minuscules bouts de chair et d'os, dont le c½ur ne bat que quelques heures à peine, si peu de temps pour tout l'univers, si peu de notes à saisir, tant de choses à vous dire...
Prenez soin du théâtre, il en vaut la peine
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# Posté le jeudi 22 mai 2008 15:07

Modifié le lundi 07 juillet 2008 19:46

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